mardi 22 septembre 2009

SOLO ACOUSTIC GUITAR VOLUME 1 (1975)

1975 - Parachute P-001
House of Chadula #1975A
Marcella Bienvenue / Twists / Preparation N° 3 / Amber/Misty, I know you’re misty ’cus you miss me when I’m gone / Love (to Vivian Jean) / Music for Anthony Braxton : introduction/We know folk Song/We Forget/Soap Opera / Strands n°2 / Love* / BBs jazz blues + soap* / Miss Ann*.
Le premier disque d'Eugene, qui ouvre le catalogue de son premier label, Parachute (l'ancêtre anologique de House of Chadula): encore placé sous l'influence astrale de Derek Bailey, le disque, enregistré à Calgary durant l'exil canadien d'Eugene, est composé de solos pour guitare préparée (des pinces dans les cordes - l'ombre de John Cage est là, lui qui oubliait aussi son argenterie dans le ventre de ses pianos), frottée, percutée, explorée par des mains malades, qui vont mettre les doigts partout où il ne faudrait pas. Le principe est simple: que peut-on faire avec une guitare quand on a de l'imagination et des doigts aussi rapides que des insectes? Ici et là, des ébauches de montage audio ténus, des lambeaux de radio ou de bruits de rue, qui viennent accompagner par exemple BBs, Jazz, blues ans soup (où on décèle de loin, mais alors vraiment de loin, les premiers parfums de country). Autre divinité tutélaire: Anthony Braxton, à qui une longue suite est dédiée. Mention spéciale pour Love, jolie méditation, qui montre un jeune Chadbourne capable de délaisser la virtuosité pour s'abîmer dans le gouffre de la tendresse.
ALG
Autoproduit sur son propre label Parachute créé pour l’occasion et à défaut d’être édité par Manfred Eicher comme l’avait espéré Eugene, ce premier album est effectivement éloignée des productions ECM de l’époque. Exploration en solitaire des territoires encore peu connus de la guitare préparée (on pense quand même aux guitar solos de Fred Frith, enregistré un an plus tôt), cette ensemble de morceaux largement improvisés malmène les oreilles sensibles des amateurs de six cordes tranquille. En digne rejeton de la free music, influencé entre autres par Derek Bailey, Chadbourne s’affranchit des conventions et des styles traditionnels pour s’adonner à un exercice très libre de travail de la matière sonore sans autre artifice que son instrument «amélioré ». Révélant des capacités imaginatives exceptionnelles, il fait déjà preuve d’une étonnante maturité musicale à la mesure de sa technique et de sa maîtrise instrumentale impressionnante et précocement aboutie. Débutant en force par une sorte de beebop cubiste étrange (Marcella Bienvenue) il développe avec une apparente facilité un style extraverti et surprenant (Incroyable Misty) ou passe à un registre plus sobre, presque minimaliste, dans Love, jouant la respiration faite de silences et d’accords répétitifs. Music for Anthony B. est la pièce maîtresse du disque, sous forme de longue suite complexe en mouvements changeant qui évoque les constructions savantes des compositions de Braxton. La dernière réédition House Of Chadula comprend trois inédits (*) intéressants, notamment Love et BBs Jazz Blues + Soup, qui annonce les futurs travaux de bricolage sonore et de montage de bandes diverses. Dommage que la qualité sonore de l’enregistrement ne soit pas meilleure pour cet album qui, s’il n’est certes pas d’une approche facile, saura combler les amateurs de free music.
EG








samedi 19 septembre 2009

BLUES (Cassette 1983 - 1984)

Une méchante cassette sortie sur le label Parachute en 1984: du blues donc, mais doublé de pâte à pain en pleine poussée de levure. Du surf, mais le tube de la vague est devenu un bloc de résine de pure distorsion compacte dans lequel quelque chose, un insecte peut-être, grésille quelque part. Du rake, mais avec un canard en plastique amplifié passé par un trou de seringue. Du souffle, mais haut perché. Une version exhilarante de Whiter shades of pale. Des grésillements, du blues concassé, équeuté, émincé, dénoyauté. Des modifications non-euclidiennes de la vitesse de bande. Et partout, le sentiment de faire du bobsleigh dans des tunnels réverbérés qui ne conduisent nulle part. Un grand moment de rock'n'roll.

ALG

INTERCESSION: International odd couple

SATIE (1997)

SATIE
House of Chadula #1997D

Le Chant Guerrier du Roi des Haricots / Ce que dit la Petite Princesse des Tulipes / Gnossiennes / Marche du Grand Escalier / Etre Jaloux de son Camarade qui a une Grosse Tête / Gnossiennes / Le Chant Guerrier du Roi des Haricots / Gnossiennes / Lui Manger Sa Tartine / Le Chant Guerrier du Roi des Haricots / Ce que dit la Petite Princesse des Tulipes (Satie).

EC : banjo, guitars, prepared piano, voice - Carrie Shull : oboe - Carrie Biolo : vibraphone - Brian Ritchie : acoustic bass guitar - Bob Jordan : narration and toys - David Henderson : electric tenor saxophone - John Oswald : alto saxophone, needs repair - Tom Shephard : homemade electric bass - Rodrigo : drums

Ce projet inattendu ne surprend qu'à moitié, tant les points communs rassemblent les deux musiciens iconoclastes : refus du conformisme et quête de l'innovation, passage d'un genre à l'autre par des approches fantasques et décalées, goût de la satire et de la provocation exprimé sans violence (Satie : «Avec grand soin tu violeras les règles du vieux rudiment»), art de ne pas se prendre au sérieux, nourri du sentiment de l'absurde. Autant d'ingrédients resservis de manière très personnelle sans conformation aux partitions originelles mais sans trahir l'esprit du compositeur. Du Satie comme vous ne l'avez jamais entendu, mené par un banjo couleur bluegrass et le hautbois souple et gracile de Carrie Shull, formant ensemble la cellule instrumentale de base, imposant son harmonie atypique peu soucieuse de caresser l'oreille ou d'exploiter la joliesse de thèmes rabâchés (Gnossienne). Au contraire l'interprétation laisse la part belle à l'improvisation, le plus souvent retenue et teintée d'humeur sombre pour ne pas dire morose (proche de certaines pièces Insect and Western), car l'œuvre de Satie, malgré sa fantaisie, est pétrie de gravité et souvent austère. Et puisque l'humour permet de lutter contre le désespoir, quelques remue-ménages ou gesticulations excentriques sont plus que bienvenus pour échapper à la pesanteur générale. Au delà de l'impression d'approximation d'une première écoute superficielle, s'impose - comme souvent chez Chadbourne - la cohérence de son approche. Satie aurait adoré détester cet hommage irrévérencieux et par conséquent respectueux !
EG



THE COMPETITION OF MISERY (2003)

Parue sur le label italien Stella Nera, The competition of misery est une anthologie de chansons pacifistes extraites des albums précédents du docteur, ou inédites, enregistrées en live ou en studio. Le résultat est somptueux, tant au niveau du choix des morceaux (le son est tout à fait acceptable) que du packaging. On retrouve des titres de Phil Ochs (There's but for fortune), Willie Nelson (Un Jimmy's road extraordinairement poignant), d'Oliver Wallace, le compositeur officiel des studios Disney (avec un Der Fuehrer's face emprunté à Spike Jones et interprété ici avec les Violent Femmes), Pharoah Sanders (dont le The creator has a master plan est joué ici avec Jimmy Carl Black), ou Pete Seeger (The big muddy), mais aussi des chadbourneries notoires, comme Oil of hate, interprété ici avec sa fille, Molly Chadbourne, Don't happy be worry, ou encore une interprétation toute personnelle du Ring of fire de Johnny Cash aux paroles modifiées (il est ici question de la dictature de Marcos aux Philippines). Une compilation de songs à conseiller à tous les chadbournaddicts débutants. Peut-être l'introduction idéale, et un résumé touchant et abouti de quelques facettes du kaléidoscopique docteur.
Comme le dit Chadbourne lui-même: "The project was originally assembled more than a decade ago, so that would be the political perspective. So, in other words, nothing has changed in the Competition of Misery, things have just gotten worse. "
ALG

vendredi 18 septembre 2009

CAMPER VAN CHADBOURNE (Avec Camper Van Beethoven - 1987)

CAMPER VAN CHADBOURNE
Fundamental Cd/Lp Save 46 - 1987
Reason To Believe (Hardin) / I Talk To The Wind (McDonald, Sinfield) / Fayettenam (EC) / Evil Filthy Preacher (EC) / Games People Play (EC) / Zappa Medley (Frank Zappa) / Ba-Lue Bolivar Ba-Lues Are (Monk) / Boy With The Coins (EC) / Ballad Of Easy Rider (Mc Guinn) / Psychadelic Basement (EC) / Hum-Allah Hum-Allah (Pharoah Sanders) / Careful With That Axe, Eugene (Pink Floyd) / Ba-Lue Bolivar (Slight Return) / They Can Make It Rain Bombs (EC).
EC : vocal, acoustic & electric guitars, banjo & harmonica - Victor Krummmenacher : bass & morale booster - Greg Lisher : guitar - David Lowery : vocals - Chris Pertersen : drums - Jonathan Segel : keyboards, fiddle, mandolin, sitar - Bruce Ackley : soprano sax - Joee Conroy : balalika, bazouki, koto, sitar - David Stilley : bass sax, alto clarinet, bass flute - Graham Connah : piano
Après ses collaborations avec les Violent Femmes, Evan Johns & The H Bombs ou They Might Be Giant, Chadbourne tend à nouveau à émerger hors du milieu par définition confidentiel de l'underground en s'attachant cette fois les services des Camper Van Beethoven, groupe à (petit) succès de la fin des années 80, injectant du sérum folk, country, psyché, ska ou punk à son indie rock alternatif, dans un esprit éclectique somme toute proche de la démarche du docteur et son cabinet de curiosités. Pour ce premier album, bien avant la formule réduite au trio formé plus tard avec Victor Krummenacher et Jonathan Segel, la troupe des Camper est encore au complet, avec David Lowery au chant. Sans pour autant s'imposer en meneur, Chadbourne apporte l'intégralité des compositions originales qui voisinent avec un choix savoureux de reprises ratissant large. Des standards réappropriés sans état d'âme, où le classique de King Crimson, I Talk To the Wind, perd son insondable mélancolie au profit d'une tranquille balade country folk, où Pharoah Sanders vire au jazz pop canterburyen planant à la Caravan, et Monk vu sous l'angle d'une jam sympa finissant en duo free couleur Sun Ra (Ba-Lue Bolivar Ba-Lues Are aurait pu figurer dignement sur la compilation That's The Way I Feel Now). Si le medley Zappa fait honneur au grand Frank sans le copier, d'autres morceaux déçoivent par trop de sagesse ou de retenue, tel Ballad Of Easy Rider et Careful with That axe Eugene (pourtant à fort potentiel) qu'on attendait plus sauvage. Tous les titres de Chadbourne sont excellents : mention spéciale à Boy with The Coins, aux rebondissements punkoïdes nerveux de Psychadelic Basement et à They Can Make It Rain Bombs (banjo mandoline et flûte basse) qui clôt magnifiquement le disque. Les amateurs de folies furieuses à la Guitar Freakout ou Shockabilly trouveront que le jeu hors norme du guitariste s'édulcore au contact des rondeurs dilettantes des Camper, mais cet album peut constituer pour les oreilles fragiles une introduction facile à l'univers de Chadbourne.
Emmanuel Girard.

RAKE VS PLUNGER (Cassette 1989)


Rake Vs Plunger. Le rateau contre le piston. A classer, comme son nom l'indique, dans la catégorie "Rrrrake", c'est à dire album à thème centré sur le rateau électrique et ses méfaits sonores. Sur cette cassette monstrueuse, parue sur Parachute en 1989, le docteur fait de la neige carbonique avec de la tôle, déflagre des solos absolument terrifiants de rateau à feuilles mortes sursaturé, griffant et découpant des tranches de métal dans le coeur de réacteurs de centrales nucléaires, meule, fraise, dans de grandes envolées lysergiques de paillettes en fusion, fait saigner la tôle à blanc, cogne et vrille d'atroces chemins soniques vers le coeur de l'atome. Le pire est qu'il y a même des extraits live, d'une sauvagerie inouïe, au cours desquels le public rit (!) et auxquels il ait semble-t-il survécu, contre toute attente. Car c'est d'une cassette vraiment sidérurgique dont il s'agit ici, à peine tempérée par une longue et comique interview radio d'Eugene, un de ces machins en fusion qui ferait passer la plupart des musiciens industriels pour de paisibles ébénistes. A noter: on entend Chadbourne interpréter en live How can you kill me, i'm alreday dead, dont il nous avait gratifié d'une version studio encore plus méchante sur Dinosaur on the way en 1985. Ici et là, le docteur casse tout, puis tente de ranger le chaos, renversant des armoires d'argenterie, puis des siècles d'empilades de marmites pleines de boulons et chargées à la nitroglycérine. Sonic death, vraiment.
ALG