mercredi 27 janvier 2010

2001: A SPACED ODYSSEY (The Jack and Jim Show - 2001)



House of Chadula #2001D

EC : guitar, banjo, voice
JCB : drums, voice

Jimi Hendrix Medley : One Rainy Wish/Bold as Love / America Stands Tall (EC) / Another Cheyenne Anthem (JCB/EC) / Orange Claw Hammer (D.Vliet) / Plastic Factory (D.Vliet) / Hoochie Coochie Man (W.Dixon) / Click Clack (D.Vliet) / Wishin’ all These Old Things Were New (M. Haggard) / Who The Heck is Sonny Black ? (JCB/EC) / My Human Gets me Blues (D.Vliet) / The Cave (revisited) (J. Paycheck) / The Ridder Bar (EC) / The Return of the Hippy Dog (EC).

Le duo en petite forme lors de cette tournée européenne de 2001, du moins tel qu’il apparaît dans ces extraits d’un concert hollandais et de la soirée du 6 septembre à la fondation Cartier à Paris, organisée dans le cadre des «Soirées Nomades». Malgré quelques bons moments, notamment le zappaien Who The Heck is Sonny Black et de belles parties de guitare (solo de Bold as Love) rien de vraiment excitant dans cette suite de titres exécutés sans grande conviction et loin d’atteindre les sommets auxquels ils nous ont habitué. Ainsi Another Cheyenne Anthem, morceau au début prometteur mais vite avorté, un Hoochie Coochie Man et un Click Clack trop poussifs, un My Human Gets the Blues à la traîne et peu concluant, le tout desservi par un enregistrement sans relief qui ne rend pas l’ambiance pourtant chaleureuse des concerts. Même si l’album reste agréable, on lui préfèrera sans peine The Taste of the Leftover enregistré en studio la même année, autrement plus nerveux et inspiré, qui montre que la réussite du duo tient sûrement moins à sa formule musicale qu’à l’enthousiasme et l’énergie des deux hommes.
EG


DOUCEUR

mardi 26 janvier 2010

END TO SLAVERY (1997)


1997 - Intakt Cd 047
recorded september 15, 1996 at Rote Fabrik, Zürich

Amber / Naima (J.Coltrane) / Misty, I Know You’re Misty ‚Cus You Miss Me When I’m Gone / Shreeve’s Heaven / Grey Skies Are Just Clouds Passing Over / Oil Of Hate / Imitation of astral Traveling / That’s That / A Stone From Every River / Symphony of Weirdness/presto/Acarrot/Con Gas/Adagio / End To Slavery.

EC : voice, guitar, banjo, plunger, rake, birdcage and noise

Quatre ans après Songs et Strings, deux perles indispensables, le docteur offre encore un recueil en solo merveilleusement capté par l’équipe du label suisse, qui offre un écrin à la qualité d’enregistrement exceptionnelle et peu commune dans la production de Chadbourne, habituellement adepte des productions low-fi aussi bien par goût intentionnel que par la force des choses… Il faut bien admettre que le travail de restitution sonore et de réverbération rend pleinement justice à son jeu virtuose et éclatant. Ajoutons à cela un artiste au sommet de sa forme, débordant d’idées et d’énergie, et l’on obtient l’un des plus beaux titres de sa discographie, à l’instar des autres albums parus sur Intakt. Chadbourne attaque très fort dans la profusion de détails du quasi surnaturel « Amber » (morceau qui figurait déjà sur le solo acoustic guitar vol.1) et enchaîne avec un fervent et surprenant « Naima » recréé à la guitare électrique (!), fidèle à l’esprit de Coltrane (thème prétexte aux débordements passionnels d’un jeu hyper expressif) plus qu’à la lettre, suivi d’un haletant et extrêmement rapide « Misty » (à ne pas confondre avec le standard d’Erroll Garner) inspiré par Ornette Coleman, ou démonstration de virtuosité rime avec musicalité. L’absence de Jimmy Carl Black (son complice du Jack & Jim Show) ne l’empêche pas de convoquer l’esprit de Captain Beefheart dans les accents colorés de « Shreeve’s Heaven », ou de se lancer dans des tentatives pour le moins hasardeuses d’évocation des nuages au moyen d’une guitare (« Grey Skies Are Just Clouds Passing Over »). La reprise d’ « Oil of Hate » constitue un grand moment grisant d’intensité avec son furieux solo qu’aucun superlatif ne saurait définir. La pause introspective du lumineux « Imitation of Astral Traveling » permet ensuite de se remettre de ses émotions avant d’accompagner Eugene dans ses multiples mouvements de glaneur plein d’intuition et expert en composition instantanée (« A Stone From Every River »). Enfin « Symphony of Weirdness » - un titre qui à lui pourrait résumer son œuvre - révèle l’art du croque-carotte (Whats up doc ?) mâtiné de râteau électrique. L’album se termine sur un blues mutant faisant écho aux vieux chants des bagnards enchaînés (popularisés par la BOF de « O’ Brother » des frères Cohen). Un must !

EG



ADRIFT (2009)

Avec Horror part three, Adrift est à classer dans la catégorie "Disque Chaussette": l'objet est en effet vendu dans un packaging particulièrement velu, assorti d'une chaussette (jamais la même, ici une soquette). Le docteur y délivre un festival de morceaux de banjo exceptionnels, pétaradants, déflagrés avec une bonne centaine de doigts (échelonnés sur plusieurs bras), comme l'étonnante et réjouissante protest-song Shot by the sheriff, ou le spectaculaire House Hunt. On trouve aussi, pour les impatients, des extraits du futur Country Sessions volume 3, This is our gorditas, qui n'est toujours pas sorti (le docteur se plaint d'ailleurs dans les notes de pochette: will it ever come out?): The mountain men et Needle in a tub, interprétées en groupe, avec Walter Daniels à l'harmonica, Red Volkaert à la guitare telecaster, Earl Poole Ball au piano et Ernio Durawa à la batterie. A noter: le son est très bon, et Eugene parsème sa tracklist de petits saupoudrages radio, dont cet excellent The old piano, interprété en direct avec un banjo bien fait. Deux titres sont enregistrés au studio de Pink Bob (le Pink Bob ongoing studio project) sur lesquels Eugene, accompagné dudit Pink Bob au clavier et de Brian Ready à la batterie donne le meilleur de lui-même: le somptueux Hendrix buried in Tacoma, traversé de solos de guitare vraiment hallucinés, et surtout The dentist, extraordinaire reggae/calypso médicinal sur laquelle Chadbourne joue comme un arracheur de dents, et qui justifie à lui seule l'achat de ce très bon cru.
ALG



vendredi 15 janvier 2010

FUCK THE AUDIO EVOLUTION NETWORK (2000)



Ce disque tordu et explosé des tibias est une compilation d'absurdités et de délires collés à la grosse colle lysergique, et couvrant la période 1987 - 2000. La pochette est sommaire: une lettre de Audio Evolution Network demandant à Chabdourne de justifier sa non-participation à une opération de promo organisée par cette société. La réponse est éloquente (ce disque, ce titre). Le contenu est un mélange de solos de dobro, de field recordings (dans un chenil ou les locaux d'une SPA locale), de lives hyper lo-fi (avec The Chadbourne Baptist Church notamment) et de monstruosités diverses, pétages de cymbale, éviscération de cordes à l'ongle, David Licht qui percussionne, le docteur qui autopsie ses guitares avec un ciseau à barbe, de l'électronique passée dans un appareil à raclette par Shep The Hep, une citation tirée de The president he is insane (I hate music, hommage ? à son père) des copeaux de disques et de musiques de film recouverts d'harmoniques de dobro en fin de vie, un How can you kill me i'm already dead particulièrement poilu, et le hit de Toni Basil, Mickey, recouvert de couches de cibi, de talkies-walkies vicieux, de tranches de concerto découpées à la scie sauteuse, d'autres Mickey de Toni Basil passés à des vitesses différentes, arrêtés en plein effort, relancés avec les doigts, mis sur 45 tours, 33 tours, 78 tours, puis 666 tours, et plongés, comme Achille dans l'eau du Styx, dans un de ces fleuves de reverb grasse qui ceinturent, à défaut des Enfers, le squelette encore fumant de votre chaîne-hifi après que ce disque de destruction massive l'ait confondue avec un grille-pain.
ALG


vendredi 20 novembre 2009

AYLER I MEAN YOU (To Albert Ayler)

EC : guitars
Norman Minogue : theramin, drums and shortwave radio
Joey Conroy : stringed instruments
Steve Good : clarinets and saxophone
Eena Ballard : viola
brian Ritchie : acoustic bass guitar
Carrie Shull : oboe
Mark Southerland : tenor sax and flute-a-phone
Bill Mc Kemy : bass
Matt Dillon : percussion, vibraphone, etc

Le fantôme d'Albert Ayler hante les parois fissurées de la house of Chadula dont le propriétaire est depuis longtemps sous l'emprise du sorcier créateur de « Ghost », d'avantage versé dans la spiritualité que dans la contestation mais dont la musique anarchiste a une portée politique vivace faite pour séduire et inspirer Chadbourne. Quelques années avant la mise à feu de l'album « Ayler Undead » sort sous le manteau cette cassette emballée dans une boite de dragées épicées (!), pièce rare donnant à entendre des groupes qu'on découvrira bientôt. Le Horror Part One Band signe un pacte avec le diable et se transforme en fanfare hurlante faite pour déchirer les membranes et exploser les murs à force de combustion spontanée (« Witches and Devils», « Prophecy »). Surpris en pleine séance de spiritisme le trio Insect & Western avec Brian Ritchie et Carrie Shull aime souffler les braises et faire danser les feu follets dans les marais (« Change Has Come »). Enfin les Malachy Papers violent discrètement les sépultures lors de leur virée nocturne ("Nefertiti / The Walking Dead / The Hand of Death / I Mean You") ou surgissent même les cadavres d'Hendrix et des Beatles (citation de « Here Comes the Sun »). Encore une cassette maudite qui mériterait résurrection !

EG

mercredi 7 octobre 2009

HORROR PART 4: THE THINGS WITH TWO HEADS


Le quatrième volet de la série Horror est un tribute à Ray Milland, acteur de films Z déjà célébré dans le volume 3. Chadbourne, dans les notes de pochette, précise que tout ce qu'il a enregistré dans sa vie l'a été sur du matériel défaillant (on le croit, mais Chadbourne sait aussi jouer avec le matériel défaillant, contrainte artistique supplémentaire et féconde) et que sa table de mix Yamaha, qu'il possède depuis les années 80, a carrément lâché pendant l'enregistrement. Il s'excusait déjà, sur l'innommable et fabuleux Dinosaur on the way, pour les pannes successives du "tape recorder". Eugene déclare que soudainement inspiré par cette mort subite de la table, il a décidé denregistrer tout le disque sur une seule piste, en direct, sans overdubs et donc sans table de mix. Horror 4 est un disque de bruitages (comme tous les autres de la série) plutôt intriguant, primitif, et surtout surprenant. Car on ne reconnaît pas bien. De quoi, peut-il donc bien jouer? On l'entend manipuler des choses diverses, et indéfinissables: il précise dans les notes qu'il joue de la guitare préparée, qu'il manipule des Cds, qu'il réutilise sans sa permission les messages que Senol Baskert, un écrivain, a laissé sur son répondeur, qu'il détruit sa défunte table à la hache, et qu'autant, à l'époque du volume 3, il a enregistré son tribute en direct en regardant The man with the X Ray eyes (avec Ray Milland donc), parce que "c'est un chef-d'oeuvre", autant cette fois, il n'a pas souhaiter le regarder une nouvelle fois parce que c'est une "grosse merde". Chadbourne témoigne ici de sa capacité à créer envers et contre tout, avec tout ce qui lui passe par la main. Musicien préhistorique, il survivrait à une apocalypse nucléaire et, dans sa caverne, graverait des disques vraiment cognés sur des rondelles de silex.
ALG