jeudi 24 septembre 2009

Interlude: pelote basque

I SUPPORT THE TROOPS AND I WANT MY MONEY BACK (2003)

I SUPPORT THE TROOPS AND I WANT MY MONEY BACK
House of Chadula #2003E
I support the Troops and I Want my Money Back / Let’s Go Back in Time / Freebird / KKKremlin / 10 Most Wanted List / Working Girl Blues / Old Piano / One Dyin’ and Buryin’ / Fried Chicken For Richard Speck / Feel Like Panama / I Take a lot of Pride in What I am / Choppin’ Down Weeds / Lonesome Death of Hattie Carroll / Ohio / 8 Miles High / Hello Caecescu / Jingo Bells / Oil of Hate / Dictator’s gazelle.
EC : vocals, all guitar and banjo

Voici un nouveau florilège de protest songs, à l’heure de la seconde guerre en Irak, ou Chadbourne revient sur quelques uns de ses vieux classiques malheureusement remis à l’ordre du jour (10 most wanted list : not guilty if elected) mais qu’on retrouve quand même avec plaisir. Pas de détails concernant les morceaux pour la plupart enregistrés en live et semblant provenir d’un même show. « I Support the Troop» et « Dictator’s Gazelle » sont extraits d’une session studio de 1999 à Chicago. « Oil of hate » est la version originale figurant dans I’ve Been Everywhere, rajoutée suite à la demande d’un fan, quitte à foutre en l’air l’unité sonore de l’album, ce dont Chadbourne n’a visiblement que faire…Bonne humeur communicative et fort penchant pour la déconnade, surtout dans la diatribe. Chadbourne sait mettre le public dans sa poche tel un Michael Moore, jamais avare en savoureuses gâteries. Pour exemples son imitation parodique de la voix traînante de Dylan (« Freebird »), un charmant hommage à un dictateur déchu (« Hello Ceausescu »), une démonstration caustique de son parfait accent redneck de bon américain (titre éponyme), ou quelques saturations soniques sans sommation (fin de « Let’s Go Back In Time »), à côté de parties de guitares irrésistibles et d’une voix impeccable au sens Chadbournien, c'est-à-dire consciencieusement déraillées (« Feel Like Panama »). Superbe version de « 8 miles High » presque au niveau stratosphérique des meilleurs moments de Songs ou Strings, la qualité de prise de son en moins. Pas de surprise en ce qui concerne le montage, volontairement amateur, qui ne craint pas les amputations ou les coupures franches. « I support the Troop… » offre un bon exemple de l’ambiance conviviale des concerts de Chadbourne et forme au final un album facilement accessible, axé sur les chansons plutôt que sur les développements instrumentaux.
EG

mercredi 23 septembre 2009

COUNTRY BOOBS (2009)

COUNTRY BOOBS
House of Chadula
Cowboy Girl (EC) / Condoleeza (EC) / Saddamn Me (EC) / Hello in There / Time After Time (Cindy Lauper) / Jackson / Some Velvet Morning / We Don't Need The Men / Piss Up a Rope / White Wedding / She Painted at Bonaroo / Danger! / Snow (Hey Oh) Feel Good Musik 4 Fucked / ...
EC : guitars, banjo, baclamel, bajo sexto, organ, harmonica, percussion and toy instruments of all sorts, vocals - Molly & Lizzie Chadbourne : vocals guests - The Chadbourne Baptist Church : Dave Fox : keyboards David Doyle : mandolin Schroeder : percussion Roddie Gilliard : bass Johannes Bauer : trombone
Sur la couverture de Country Boobs, Lizzie et Molly Chadbourne, les filles du Docteur infernal, posent déguisées l'une en Willie Nelson et l'autre en Dolly Parton. La musique est à leur image: de la musique hypermegaweird déguisée en brebis country. Dès les premières mesures de Country girl, on comprend que si Alex Chilton, sur Like flies on sherbert, a inventé la country désossée, Chadbourne est lui le père tout puissant de la country fondue. Tout ici dégouline, notamment les voix sous hélium, auxquelles un subtil effet prête les qualités du slime. Chadbourne étrenne ici le nouveau magnéto direct-to-disk de son home studio, sobrement baptisé Psychad Studio. Il se sert de ses nouveaux pouvoirs pour faire clapoter les noms qui fâchent, de Condoleeza Rice à Sadam, qu'il traite aussi à sa manière molle et gluante. Saddam et Condoleeza pris dans la gelée, en somme. Il se fait un devoir de malaxer quelques tubes pour en faire des boudins, de Time after time de Cindy Lauper (dopée aux chamallows), à Jackson ou Some velvet morning de Lee Hazlewood et Nancy Sinatra, en passant par Hello in there de John Prine, We don't need the men de Malvina Reynolds et autres, Chadbourne saucissonne à tout-va, et le duo aux frontières du normal qu'il interprète avec sa fille Lizzie du début à la fin du disque est une franche réussite, même (surtout) quand ça chante faux, ou que les voix sont tellement prises dans la béchamel qu'on les prend pour des plaintes de lamantins en pâte à chou. Un must dans la catégorie "j'ai trouvé du mou dans la country et je m'y enfonce".
ALG

THERE WILL BE NO TEARS TONIGHT - With JOHN ZORN (1987)

THERE’LL BE NO TEARS TONIGHT

Parachute P-013
Fundamental Save 6 Lp
Fundamental Save 6 Cd
House of Chadula #1980A

Honey Don’t (Carl Perkins) / Dang Me (Roger Miller) / The Last Word in Lonesome is Me (R. Miller) / Johnny Paycheck medley : a. I’m the Only Hell My Mama Ever Raised (Bobby Braddock) b. Take this Job and Shove it (David Allan Coe) c. Motel Time Again d. Georgia in a Jug (Bobby Braddock) / Swingin’ Doors (Merle Haggard) / There’ll Be No Tears Tonight (Rex Griffin) / Set Up Two Glasses, Joe (Ferlin Husky) / Window Shopping (Marcel Joseph) / Mr Record Man (Willie Nelson) / Jealous Loving Heart (Ernest and Talmadge Tubb) / The Richmond Dobro Massacre* / Pallisades Parks* / Hello Darlin’*

Où comment les choses ne seront plus jamais pareilles après cette nouvelle expérience inouïe de melting-pot culturel, élargissant l’univers fantasque de l’artiste en même temps que son public...
Réussissant en effet l’exploit d’intéresser autant les fans indécrottables de country que les amateurs exigeants de musiques innovatrices, Chadbourne réconcilie des genres a priori opposés en opérant le mariage improbable entre tradition et avant-gardisme. Loin des fades compromissions de la world music, il capte l’essentiel de chaque style sans en perdre la vitalité première et tout en jouant des clichés et des tics de langage propres à chacun. Pas de trahison donc ni de réelle moquerie mais un esprit volontiers parodique qui cache mal son attachement et sa tendresse pour ces artistes populaires qui l’ont influencé et à qui il rend finalement un hommage amusé. Dans cet album de reprises, la Country & Western se réveille à une nouvelle vie, dynamitée par un enthousiasme débordant et une volonté de créer de nouvelles perspectives à partir d'un répertoire réputé éculé ou souvent ringard. Derek Bailey au pays d'Hank Williams !
Que se soit en solo ou en groupe, pour la moitié des titres, chacun déploie un swing irrésistible (en particulier le violoncelle de Tom Cora dans le rôle de la basse, ou encore les phrasés hard bop de Zorn) dans des titres comme Honey don’t, Window shopping ou Swingin Doors, qui commence par un jazz endiablé et tourne à un délire improvisé tordant et cartoonesque (cf. aussi fin de The Last Word in Lonesome is me) pour finir en version reconnaissable de la chanson mais dans un étrange climat psychédélique. Eugene profite de sa virtuosité incroyable pour transcender des morceaux qui n'en demandaient pas tant (I'm the Only Hell My Mama Ever Raised) ou la normalité tranquille ne dure jamais (Dang Me, début puis fin de Mr. Record Man).
On connaissait le guitariste indiscipliné, on découvre maintenant le chanteur potache qui sait tirer profit des limites et des faiblesses de sa voix, compensées par une assurance, un aplomb et un humour qui font oublier sa justesse (très) approximative. Il aime notamment caricaturer les accents et des intonations typiques des chanteurs country.
Loin d’être une parenthèse dans son travail d’improvisateur, Tears amorce un tournant essentiel (suivra bientôt l'aventure The Chadbournes et Shockabilly) et reste un de ses albums les plus accessibles et les plus connus. La réédition House of Chadula est totalement indispensable par la présence de The Richmond Dobro Massacre (figurant également dans le coffret Electic Rake Cake), reconnu par Eugene comme une de ses meilleures improvisations et qui doit absolument être entendue car il y est effectivement au sommet de son art !

EG

VOLUME 3: GUITAR TRIOS (1977)

VOLUME 3 : GUITAR TRIOS
1977 - Parachute P-003
Two Peafowl, Tails folded in close, Pause for a moment in the front yard dusk.We are always chasing Phantoms.
EC : acoustic 6 string, prepared 12 strings, unamplified electric guitar, toys, siren, plastic horns - Henry Kaiser : electric guitars, acoustic guitar, plastic horns - Richard (Duck) Baker : nylon string guitar - Randy Hutton : acoustic 6 string - Owen Maercks : electric guitar, toy guitar

Changement de formule mais même propos pour ce dernier volume de la trilogie ou Chadbourne s’entoure d’acolytes complices de ses maltraitances, pour deux différents trio remplissant chacun une face entière. On retrouve le monde protéiforme et la richesse d’inspiration des guitar solos, présentement dynamités par les vertus de l’échange et de l’interaction entre des musiciens à la grande qualité d’écoute. La musique y est toujours difficilement descriptible, avec une variété de textures sans cesse renouvelées, des dialogues débridés irrésistibles de drôlerie (Tails folded in close) des guitares qui se multiplient, se chamaillent, s’imbriquent ou se relancent, des passages retenus et introspectifs (Pause for a moment in the Mont yard Dusk). Phantoms est un morceau plus énergique qui par moments a la beauté étrange et tourmentée du Trout mask replica de Beefheart. Ses emballements soudains peuvent évoquer le jeu d’Han Bennink, à qui la pièce est dédiée. Ce festival d’éclats guitaristiques est finalement moins de l’esbroufe virtuose que l’expression d’une démarche exigeante à la recherche du plaisir et du vertige dans l’accomplissement de formes alambiquées. Cette relative complexité est loin d’être rebutante car elle s’accompagne d’une fraîcheur d’exécution et d’un bonheur de jouer communicatif. Pas de réédition cd pour l’instant.

EG

mardi 22 septembre 2009

WARMUP VENTURES (Cassette 1983)

Une bien méchante cassette, au souffle court et analogique, qui démarre par un duo batterie/guitare country rock, puis franchement rockabilly, et manque de s'effondrer brutalement dans la fosse à orchestre. La chevauchée lo-fi continue, avec ce son de salle de répé qui tue. Qu'importe: ça n'empêche pas la guitare d'Eugene de partir dans les décors, d'embrasser tous les platanes dans un tête à queue hendrixien du plus bel effet. Plus loin, Eugene reprend People are strange, après avoir bloqué les boutons de la reverb de l'ampli sur onze. Il divague (il butine?) dans les cordes, il fait semblant de parler cambodgien, tandis que David Licht tape sur un petit gong, des cloches, ou autre. Entre les morceaux, des collages radio, des bruits anormaux, des sifflets, des choses franchement désaccordées, et ça repart sur Train kept a rollin', sur Lil'Red riding hood, et autres tubes désossés. Une bien méchante cassette de rockabilly réverbéré enregistrée sous cloche.
ALG


CLICK CLACK (2002)


CLICK CLACK
House of Chadula #2002G

Recorded : oct. 2002 at the Lizard Lounge in Normal, Illinois by Pink Bob / Village Gate Square, Rochester, New York, by Mathew D. Guarmere / Peabody's Down Under, Kansas City, Missouri at the 2002 Chadfest, by EC / Nov. 2002 at home in Greensboro, North Carolina.

Graveyard (Coussin Emmy, arr. EC) / Goin' Across the sea (Trad) / The Johnson Boys (trad, arr. EC) / Click Clack (Van Vliet, arr. EC) / Bach in Normal Bar (Bach, arr. EC) / Bach in a Shopping Mall (Bach, arr. EC) / Vicenza Train / Hello Stranger (Carter Family) / South of Memphis 1st / Rabbit in the Peapatch (Trad) / Prepare, not repair, With No Feelings of Guilt.

EC : deering "Goodtime" 5-string banjo, prepared 5-string banjo made in Korea, vocals
Du concentré de banjo servi à la louche, selon la recette éprouvée d'une technique traditionnelle hypertrophiée et mutante, déployant son flux de matière par vagues de réactions chimiques affolant les connexions neuronales. Par ses multiplications virtuoses, Chadbourne joue de la tension graduelle moins pour chercher des écarts extatiques que pour atteindre un état méditatif, un peu à la manière de Coltrane. Allant de Bach à la Carter Family, en passant par Beefheart, le répertoire se plie à la discipline du 5 cordes, tenu par les 50 doigts en folie d'Eugene ! L'album se conclut de manière très différente par une longue pièce de 25 minutes, plus proche des expériences de guitare acoustique montées en laboratoires, ou le docteur invente un microcosme bricolé de tous les sons qu'il peut produire avec son banjo préparé, explorant les moindres résonnances comme on fouille les recoins d'un grenier. Un bazar hétéroclite autocomplaisant et insignifiant pour les uns, aventureux et ubuesque pour les autres.

EG