jeudi 28 janvier 2010

COUNTRY PROTEST (1985)



Fundamental Save 7 Cd / Lp / tape

House of Chadula #1985D

Medley in C : Always on My Mind, Whiter Shade of Pale, San Francisco Nights, Ain’t Misbehavin’, Imagine, TV Party, Misty, Dang Me, England Swings, I Started a Joke, To Sir With Love, Some Guys Have all the Luck, Waltz Across Texas, The Shah Sleeps in Lee Harvey’s Grave (Chadbourne) / Nobody’s Lonesome for Me / The Wild Angels (Chadbourne) / A Bottle Labeled Losers (Chadbourne) / Convention of Mercenaries (Chadbourne) / Fightin’ Side of Me (Haggard) / W. Va. Spec (Chadbourne) / New Car Song (Chadbourne) / Universal Soldier (St. Marie) / Her Name Is (Braddock) / When I'm Gone (Ochs) / Answer the Phone (Walker) / Perverts on Northridge (Chadbourne) / Choppin’ Down Weeds (Chadbourne) / Volunteered Slavery.

EC : acoustic and electric guitars, banjo, vocals
David Licht : percussion
Gilfred Lee Fray : keyboards
Lenny Kaye : pedal steel
Tony Trischka : banjo.
Rik Rue : tapes
The Red Clay Ramblers :
Tommy Thompson : banjo and vocal
Mike Craver : piano and vocal
Clay Buckner : fiddle
Jack Herrick : bass and trumpet
Jim Watson : mandolin
The Kansas City Country Band :
Nate Hofer : pedal steel
Joe Hamill : bass
Tony Ladesich : drums
The F-Art Ensemble :
Gilfred Lee Fray : voice and piano
David Doyle : French horn and mandolin
David Nikias : trash and speciman jars
Byron Woods and Seth Dworkin : synthesizers
Rudy Hinnant : acoustic guitar
John Pasquini : electric violin
Deborah Ramirez : soprano
Rik Rue : recordings of birds

Bien que souffrant d’un budget des plus modestes, cet album studio compte parmi les productions de Chadbourne les plus élaborées, ou le travail de mixage participe pleinement au façonnage de son univers si particulier. Plus accessible et moins ardu que ses prédécesseurs The President He is insane et Country music from SE Australia, Country Protest se révèle tout aussi réjouissant et déstabilisant même après de nombreuses écoutes. A l’exemple du culoté et déconcertant medley qui ouvre la première face, reprenant sans discrimination et sur le même plan, sucreries pop (Bee Gees, Procol Harum) et jazz (« Misty »), hymne générationnel (« Imagine »), imitation d’Armstrong ou perles country (« Waltz Across Texas », « Dang Me »), chantés avec tant de candeur et de sincérité qu’on y soupçonne malgré tout une pointe d’ironie, car on sait que Chadbourne aime à cultiver subtilement l’ambiguité du double jeu (“One of my favorite things is that something very serious and very funny is going on at the same time. Totally confuses the audience--they don't know if you're trying to be funny or serious, when in fact you're both.“). Une ambivalence reflétée par le choix éclectique des musiciens qui l’entourent : les Red Clay Ramblers apôtres d’un mélange revival moderne, les accents traditionnels de The Kansas City Country Band, les dérives instrumentales du F-Art Ensemble (préfiguration de la Chadbourne Baptist Church) ou la bidouille avant-gardiste incarnée par l’australien Rik Rue.

A l’instar d’artistes comme Negativland, Chadbourne filtre l’Amérique dans ce qu’elle a de pire et de meilleur, pour en livrer une vision cartoonesque à la fois ridicule et géniale, transcrite dans un bordel multipistes jouant sur les décalages et les approximations en fait savamment maîtrisés et mis en relief par un son des plus étranges et un mixage original jouant sur les effets d’écho, de premier et d’arrière plan. L’insertion bien dosée d’extraits de films, de discours politiques ou autres bandes détournées (parfois placées en interludes entre les chansons) agit en contrepoint ou en commentaire de la musique, provoque la surprise et contribue à l’ambiance très spéciale de l’ensemble. L’album comprend en outre certains des morceaux les plus mémorables de Chadbourne : pastiche country (« A Bottle Labeled Losers », « W Va. Spec ») ou psycho-rockabilly (l’immense « New Car Song »), reprises réellement habitées (« When I'm Gone » de Phil Ochs, « Answer the Phone »), chanson bluegrass sur fond de vacarme d’armes à feu («Convention of Mercenaries”, précédée d’une incroyable intro avec voix outrancière de cantatrice, piano excessivement romantique portant la complainte d’un acteur d’on ne sait quel film), « Pervert on Northridge », qui semble directement branché sur le cerveau dérangé de Syd Barrett, ou le trafic sonore sur ligne de basse de « The Wild Angels », constituent encore de parfaits exemples de délires foutraques.

Résolument hors normes et passionnant de bout en bout, Country Protest est un grand classique !
EG

"Welcome to my world", hullule la voix chuintante du docteur/hibou passée dans la reverb. Country protest est en effet un disque paillasson (rien de péjoratif), celui qu'on met devant la porte de sa maison pour dire aux gens qu'ils sont les bienvenus, entendez par là une excellente introduction à l'univers profondément ébréché du docteur. Disque majeur, au milieu d'une oeuvre kaléidoscopique où les catégories (mineur/majeur, par exemple) s'effondrent, Country protest n'est pas le meilleur disque de Chadbourne, juste un disque de Chadbourne, peut-être plus connu que d'autres ("que doit-on écouter d'Eugene Chadbourne?" Tout!), récapitulant ses obsessions: de la country passée par le trou de serrure des mille portes de l'Enfer, traversée de collages surréalistes, de dérapages guitaristiques, de glissades mentales abyssales. Un bébé pleure sur le thème de Wild angels, Convention of mercenaries s'abîme dans un monde en biseaux, fascinant et surprenant, New car song commence par des hurlements de film d'horreur à glacer le sang, et le disque s'ouvre par un Medley in C, où Chadbourne délivre sa spécialité, un pot-pourri de toutes les chansons en do qui lui passent par la tête, de Whiter Shade of pale à San Francisco nights d'Eric Burdon, d'Imagine à Waltz across Texas, le tout traversé d'oscillations et de courts-circuits typiquement chadbournesques. Plus loin, Eugene, pacifiste convaincu, se fend d'une version du Universal Soldier de Buffy Sainte-Marie, poignant, chanté avec conviction et simplicité, puis d'une chanson de Merle Haggard, de Phil Ochs, son héros, etc... Une introduction, donc, au son impeccable et à la folie sous cloche: en transparence, on regarde avec effroi des plantes appelées à se ramifier ensuite dans les myriades de cassettes et de disques tarés sortis sur Parachute et House of Chadula.
ALG

1 commentaire:

Emmanuel a dit…

je suis tombé dans la marmite à potion avec cet album...
Au top50 de ses morceaux les plus mémorables je mettrai sans hésiter "The Bully Song" et surtout Choppin’ down Weed"